Le projet Graupner

Le projet Graupner des Idées heureuses: Diffusion de Graupner

Geneviève Soly est actuellement l’une des musiciennes interprète et musicologue qui soutient le plus la réhabilitation de l’œuvre de Christoph Graupner, ce qu’elle partage avec son collègue belge Florian Heyerick et certainement la première à y consacrer son travail amorcé il y a plus de 10 ans. Depuis quelques années, quelques musiciens dont plusieurs allemands – les chefs Tobias Bonz, Siegbert Rampe, Hermann Max, Marcel Ponseele, Shalev Al-Ed et Hans Michael Beuerle de même que le baryton Klaus mertens, pour ne nommer que ceux-là, travaillent dans la même direction.

C’est grâce à Geneviève que fut exhumé l’important corpus de sa musique de clavecin, et elle est l’une des premières à jouer ses œuvres régulièrement depuis 1760. Elle se consacre depuis février 2001 à l’étude et à la diffusion de la musique de ce compositeur avec la passion et la fougue qui la caractérisent. Sa démarche musicale et musicologique visant la diffusion de l’œuvre de Graupner comporte, outre huit enregistrements de clavecin et bientôt cinq disques avec l’Ensemble des Idées heureuses publiés chez Analekta, des ateliers et classes de maîtres, des conférences et des stages donnés au Canada, aux États-Unis, en Suisse et en France  – notamment aux conservatoires nationaux supérieurs de Paris et de Lyon, aux conservatoires régionaux de Metz et de Toulon et à la faculté de musicologie de Nancy, au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris  et à l’université de Montréal – de même que plusieurs récitals de clavecin et des concerts avec Les Idées heureuses

Le Projet Graupner se développe également grâce à l’implication de la compagnie canadienne Analekta, qui publie deux séries d’enregistrements depuis 2002 : Partitas pour clavecin et Musique instrumentale et vocale. Le premier disque de clavecin, paru en février 2002, fut en nomination pour plusieurs prix. Les médias spécialisés, de même que les journaux importants dont le New York Times, ont consacré des articles au Projet Graupner. Son disque volume 5 était le choix du mois du BBC Magazine (Angleterre). Le volume 6 a été choisi comme le meilleur disque du troisième trimestre 2007 dans la catégorie Orgue et Clavecin par le Preis der deutschen Schallplatten Kritik (Prix de la critique du disque allemand).

En 2006, Geneviève Soly fut nommée « Personnalité de la semaine » par le quotidien montréalais La Presse et Radio-Canada, pour son travail exceptionnel de chercheuse, musicologue, d’interprète et de gestionnaire. En mai 2010, elle signait le Livre d’or de la Ville de Montréal lors d’une cérémonie honorifique dans le cadre de GRAUPNER 250e.

Parmi les activités d’envergure réalisés depuis 2004 par Les Idées heureuses et Geneviève Soly, mentionnons les concerts des Idées heureuses aux festivals de Bruges, d’Utrecht, d’Ambronay et de Pontoise, la retransmission sur une trentaine de radios européennes d’un concert entièrement consacré à des cantates de Noël de Graupner, lors de la journée Noël Euroradio 2004 de l’Union européenne de radiodiffusion – de même que la présentation, en première mondiale depuis sa création, du cycle des Sept paroles du Christ en croix à Montréal, le 25 mars 2005. En aout 2011, elle dirigeait l’Ensemble des Idées heureuses dans l’interprétation de ce cycle pour l’édition discographique de l’œuvre à paraître en mars 2012 sur le label ANALEKTA.

Geneviève Soly présentait à la Sorbonne, en mai 2010,  une conférence sur Graupner. On l’a depuis entendue à plusieurs émissions radiophoniques autour de l’anniversaire de Graupner à Espace Musique, France Musique et RTBF MUSIQ3 (Belgique).

Lors de la saison 2010-2011 qui souligne le 250e anniversaire de la mort de Christoph Graupner, Les Idées heureuses a présenté un cycle annuel qui lui était consacré : GRAUPNER 250e. Geneviève Soly fut l’invité, en tant que claveciniste, à deux festivals européens qui soulignant aussi cet anniversaire : « GRAUPNER 2010 », un symposium organisé par la musicologue Ursula Kramer et présenté à Darmstadt (Allemagne) par la Christoph Graupner Gesellschaft et le « Festival GRAUPNER 2010 », supervisé par le musicologue, claveciniste et chef Florian Heyerick, présenté au Musiekcentrum De Bijlocke à Gand, en Belgique.

Le texte ci-dessous répond aux questions les plus fréquemment posées à Geneviève Soly sur son travail autour de Christoph GRAUPNER.

Histoire d’une redécouverte

Un génial compositeur méconnu?

« Comment se fait-il que ce compositeur, si louangé et unanimement reconnu comme l’un des compositeurs majeurs par ses contemporains, soit tombé dans l’oubli ? »
Les raisons historiques de l’oubli de Graupner sont faciles cerner si l’on se penche sur les phénomènes de diffusion des sources musicales originales. La musique de Graupner n’a pas été disséminée, ni de son vivant, ni après sa mort.

Plus de 99 % de sa production est conservée en manuscrits en un seul lieu : la bibliothèque de Darmstadt (ULB : Universitäts- und Landesbibliothek). Ce corpus, exceptionnel par sa taille, par la qualité de préservation des documents, de même que par son contenu, comprend des partitions autographes mises au net par le compositeur et des manuscrits préparés par les copistes de la cour en vue de l’exécution de sa musique, en général pour une circonstance déterminée. Seuls les bibliothécaires de Darmstadt, dès le début du XIXe siècle, et quelques musicologues qui y ont travaillé depuis cent cinquante ans, eurent conscience de la richesse de ce fonds. Au cours du XXe siècle, quelques musicologues écrivirent des thèses et des articles sur Graupner et sa musique, mais il y en a peu et ces documents demeurent très spécialisés. De plus, il y avait, dans la première moitié du XXe siècle, une nette coupure entre la musicologie et l’interprétation – de nos jours, plusieurs interprètes font de la recherche musicologique et de l’édition. Trop peu de musique du compositeur fut éditée et rendue accessible au cours du XXe siècle. Ce n’est qu’en 2005 que parut le catalogue de ses pièces instrumentales de Graupner (GWV – Graupner Werke Verzeichnis), par Oswald Bill et Christoph Großpietsch, qui travaillèrent de nombreuses années sur la recension et la datation de toutes les pièces instrumentales de Graupner : 112 symphonies, 85 ouvertures, 44 concertos, quelques dizaines de sonates et 45 partitas pour le clavecin. Le catalogue de la musique vocale de Graupner est en cours (1418 cantates religieuses et 24 cantates profanes), rédigé par Oswald Bill, anciennement directeur de la bibliothèque de Darmstadt. Ce travail monumental prendra encore plusieurs années avant d’aboutir à une publication. Un premier volume recençant les cantates du Temps de l’Avent sera disponible sous peu, publié par Carus Verlag.

On peut dire que c’est le confinement de la musique de Graupner en un seul lieu qui a été à la fois une force et une faiblesse. Une force parce que, alors que Graupner sort de l’ombre dans laquelle il était plongé depuis sa mort, toute sa production est disponible, bien conservée et, grâce à Oswald Bill, bien classée. C’est une mine d’or exceptionnelle. Ce fut également une faiblesse car ce confinement en un seul lieu a retardé la diffusion de la musique de Graupner.

Voici les principales raisons de du confinement de la musique de Garupner en un seul lieu:

1. Le différent entre les héritiers de Graupner et du Landgrave.
À la mort du compositeur, en 1760, les enfants héritiers souhaitèrent vendre la musique de leur père – qu’ils conservaient à leur domicile – au landgrave régnant du moment, employeur de Graupner, Ludwig VIII. Celui-ci refusa de l’acheter prétextant que la musique de leur défunt père avait été entièrement produite sous le service de son père, le landgrave Ernst Ludwig ainsi que sous son service – et que leur père avait été dûment rémunéré pour ce faire.

Puisque les partitions autographes de leur père qu’ils possédaient étaient leur unique bien, et qu’ils étaient dans le besoin, ils souhaitèrent poursuivre leurs démarches de vente, qui demeurèrent cependant infructueuses. En 1819, une petite nièce de Christoph Graupner vendit finalement toutes les archives autographes de son ailleul, pour une somme symbolique, à la bibliothèque du château de Darmstadt.

On était alors en pleine période romantique et la musique baroque n’intéressait plus. Le fonds de manuscrits fut transféré au château, là où se trouvait la bibliothèque grand-ducale, devenue par la suite bibliothèque de l’État de Hesse puis celle de l’université de Darmstadt. Les autographes de Graupner s’y trouvent toujours, au lieu même où cette musique fut créée.

2. Graupner n’eut aucun élève, à une exception près, contrairement à Bach, par exemple. Replaçons-nous au XVIIIe siecle. La diffusion de la musique se fait beaucoup grâce aux copies manuscrites réalisées par les élèves des compositeurs. Après leurs études, ils emportent ces documents dans leur ville d’origine ou dans la ville où ils obtiennent un poste, ce qui permet une diffucion plus large. Plus il se trouve de copies d’une oeuvre en différents endroits, plus cette musique a de la chance d’être connue. La multiplication des sources est un élèment clé de la diffusion de la musique. Si la musique est disponible dans différentes bibliothèques, elle a davantage de chances d’être “redécouverte” que si elle est confinée en un seul lieu. Celle de Graupner ne bénéficia pas d’une telle diffusion.

3. Graupner ne voyagea pas
Contrairement à Handel ou à Telemann qui séjournèrent en Italie, en Angleterre et en France, Graupner ne visita aucun autre pays, ses occupations professionnelles extrêmement lourdes l’en empêchant.

De plus, outre qu’il n’occupa que deux poste dans sa carrière (la moyenne de l’époque pour les maitres de chapelle est de cinq postes dans une vie), nous ne lui connaissons que deux voyages professionnels : à Leipzig au moment de sa candidature au poste de cantor en janvier 1723 (poste qu’il gagna d’ailleurs, sans pouvoir l’occuper cependant) et à Worms dans le cadre de l’inauguration de l’église de la Trinité, lors de laquelle cinq de ses cantates furent interprétées, le 31 juillet 1725.
Les musiciens qui voyagent ont beaucoup plus d’occasions de voir leurs œuvres répandues; ce fut le cas par exemple de Jacob Froberger auXVIIesiècle, dont nous retrouvons la musique de clavecin dans trente bibliothèques différentes.

C’est donc par un malheureux concours de circonstances que Graupner fut oublié jusqu’à nos jours. Depuis quelques années, son nom et son œuvre sortent de l’ombre. L’étude de sa production musicale phénoménale (plus de 2 000 œuvres comportant en moyenne 16 000 pièces), géniale à maints égards par les capacités de synthèse et d’invention musicale du compositeur, met en perspective les œuvres de formes similaires de ses compatriotes Telemann, J.S. Bach et Handel, mais aussi de Rameau, né la même année que lui (1683).

Le travail qu’exigera la diffusion complète de l’immense œuvre de Graupner, par l’édition musicale ou discographique et le concert, s’étendra inévitablement sur plusieurs centaines d’années, sans compter les énormes ressources financières qu’il requerra. Il faudra pour ce faire des gens téméraires de tout acabit : diffuseurs, organisateurs de festivals, éditeurs de disques et de musique, mécènes… et certainement, des volontés politiques et un financement adéquat, ne serait-ce que pour l’édition moderne de sa musique.

Tant que nous ne pourrons avoir une vue d’ensemble de son œuvre, tout commentaire sera forcément partiel. Une écoute attentive de sa musique disponible actuellement impose d’ores et déjà un immense respect. C’est une page de l’histoire de la musique qui s’ouvre devant nous.

Association et sites

La Christoph Graupner Gesellschaft de Darmstadt a été fondée en 2005 et rassemble la communauté de musicologues, chercheurs et interprètes qui travaillent sur Graupner. Cette société publie chaque année des communications musicologiques et recense les activités consacrées Graupner.

Depuis cette saison 2010-2011, grâce au projet de Florian Heyerick et son association avec la bibliothèque de Darmstadt, nous disposons en ligne, gratuitement, à travers les Digitale Sammlungen (collections numériques) de la Universität- und Landesbibliothek  (l’Université technique) de Darmstadt (tu-darmstadt), la majorité des autographes de cantates de C. Graupner.
http://tudigit.ulb.tu-darmstadt.de/show/sml?sammlung=23

De plus, le site de Florian Heyerick, GRAUPNER DIGITAL permet une incursion dans le catalogue de la musique instrumentale (GWV, publié, en 2005) et vocale (en développement).
http://www.graupner-digital.org/gwv.php

Vous êtes très identifiée à Graupner. En France, on vous appelle « la veuve Graupner »!  On dit souvent ici, à Montréal, que vous êtes la seule musicienne à travailler sur Graupner…

Vous pensez bien que non! Ce serait d’ailleurs de mauvais augure… On peut peut-être dire que je suis la musicienne qui consacre le plus de temps et d’énergie à travailler les œuvres de ce compositeur. Il est vrai que, pour la musique de clavecin – mon instrument de prédilection – je suis pour le moment une des seules à les jouer. Je travaille sur l’édition moderne du livre de clavecin de 1718 de Graupner (Partien auf das Clavier) et dès qu’il sera disponible, j’espère que les professeurs de clavecin et les clavecinistes commenceront à jouer et à intégrer Graupner à leur répertoire. Mais déjà notre travail fait du chemin : une chaconne de Graupner, la première pièce du compositeur que j’avais jouée en concert en 2001 et que j’ai rejouée au festival de Bruges en 2004, était imposée au Concours international de musique ancienne de Bruges cet été : une grande première! Puisque nous parlons d’éditions, je mentionne que quelques cantates sont disponibles, entre autre, chez Prima la Musica!, Carus Verlag, La Sinfonie d’Orphée et Hänssler.

Je veux aussi citer ici les travaux remarquables du musicologue allemand Friedrich Noack qui édita plusieurs œuvres de Graupner entre 1926 et 1955, principalement chez Bärenreiter. Malheureusement, ces excellentes éditions sont pour la plupart épuisées et disponibles seulement dans des bibliothèques spécialisées. Noack consacra sa vie à l’étude des manuscrits autographes de Graupner et avait un goût très sûr. Malheureusement, la deuxième guerre mondiale le retarda dans ses travaux et il était passablement isolé. Dès 1914, il présentait à Berlin une dissertation sur la musique d’église de Graupner, publiée en 1916, qui servit de base à l’excellente édition d’une sélection de 17 cantates éditées dans le « Denkmäler deutscher Tonkunst » (Monumentale des compositeurs allemands).

Une trentaine de disques de musique de Graupner est actuellement disponible sur le marché et la plupart de trouvent à la grande Bibliothèque de Montréal (voir liste ci-dessous)

Parmi les interprètes-musicologues qui travaillent sur Graupner, il m’importe de citer les deux remarquables enregistrements d’oeuvres orchestrales de Graupner par Siegbert Rampe et son ensemble Nova Stravaganz.  Aussi disponibles sont ceux de Tobias Bonz et son ensemble Antichi Strumenti ainsi que ceux du hautboïste Marcel Ponselle et de son ensemble Il Gardellino. Un très beau disques de cantates de la Passion dirigé par Hans Michael Beuerle et édité chez Carus paraitra prochainement. Finalement, Florian Heyerick, directeur de l’ensemble vocal Ex tempore et cité ci-dessus, a dirigé Ein Weinachtsoratorium, disque édité chez RICERCARE et paru en novembre 2010 en Europe, qui s’est vendu à plus de 5 000 exemplaires dans les deux mois suivant sa sortie : une première pour la discographie Graupner!

Florian Heyerick présentait en avril 2010 en première recréation mondiale deux opéras de Graupner : Didon et Antiochus und Stratonica, chefs-d’œuvre qui seraient dignes d’entrer dans le répertoire baroque.

Même si ces travaux et ces disques sont disponibles, il faut du temps pour qu’ils se rendent auprès du public, pour que celui-ci « adopte » et connaisse un « nouveau » compositeur. Ce n’est pas parce ce qu’un catalogue ou un volume de musique est édité que le monde le connait d’emblée! Qui lit tout ce texte en ce moment? La connaissance et surtout, l’intégration de nouvelles données, d’un nouveau style, prennent du temps à se développer. C’est exactement comme pour les relations humaines. On rencontre quelqu’un et on peut l’aimer d’emblée – c’est le miracle de l’amour et du coup de foudre – mais on passe ensuite tant d’années à découvrir cette personne, à la comprendre, à la connaitre, à l’aimer véritablement.

La démarche de Geneviève Soly: histoire d’une redécouverte

En novembre 2000, grâce à l’obtention d’une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec pour un projet intitulé « Retour aux sources », Geneviève Soly effectue des recherches sur le répertoire de clavecin non édité de nos jours. Après avoir ciblé, grâce à une amorce de recherches sur Internet, trois bibliothèques américaines particulièrement riches en répertoire de l’époque baroque, elle se rend à l’université Yale (New Haven, Connecticut) et y trouve un manuscrit qu’elle juge d’emblée de belle qualité : les Partien auf das Clavier (1718), comprenant huit partitas pour clavecin d’un dénommé Graupner qu’elle ne connait pas.

La bibliothécaire, Suzanne Lovejoy Egglestone, lui fait également part de leur possession d’une autre collection d’œuvres de clavecin de Graupner, mais éditée cette-fois-ci, et dont la bibliothèque possède de l’unique exemplaire de l’édition originale : les Monatliche Clavier Früchte (1722) comprenant quant à elle douze partitas.

De retour à Montréal, très intriguée de ne rien connaître de tout cela, malgré ses études et son doctorat en interprétation, Geneviève Soly commence ses recherches sur Graupner et son œuvre de clavecin : articles dans les revues spécialisées et encyclopédies, répertoire international des sources musicales et autres catalogues musicaux spécialisés, éditions musicales et discographiques du xxe siècle, programmes de concerts, etc., aucune piste n’est négligée. À son grand désarroi, elle ne trouve pratiquement rien de concluant. Il lui faut se rendre à l’évidence : il n’existe qu’un nombre restreint de publications sur Graupner, disséminées tout au cours du xxe siècle, en langue allemande dans la majorité des cas.

Ce n’est qu’en mai 2001 qu’elle entre en contact avec Oswald Bill, directeur de la Universitäts– und Landesbibliothek Darmstadt jusqu’en 2003. Elle établit dès lors un contact étroit avec lui et elle reste en contact personnel avec lui depuis lors. Elle le considère comme son mentor.

Par ailleurs, peu après son voyage à New Haven en novembre 2000, Geneviève Soly avait acheté à Paris une édition en fac-similé (publiée par les Éditions Fuzeau en 1993) de 17 partitas inédites de Graupner. Puis, en février 2001, elle reçoit de la bibliothèque de l’université Yale les photocopies des documents qu’elle avait consultés en novembre 2000 : le manuscrit anonyme des Partien auf das Clavier de 1718 et l’édition originale des Monatliche Clavier Früchte de 1722.

Cette brillante musique de clavecin se manifeste alors peu à peu à elle : elle la joue régulièrement, assimile le style du compositeur, ressent la richesse d’invention de ses mouvements de danse, sa générosité et l’esprit ludique qui caractérise Graupner. Elle se forge sa propre idée et se rend compte du potentiel de développement de ce qui deviendra « Le Projet Graupner ».

En mai 2001, après plusieurs mois d’incrédulité, de questionnement, de doutes et de silence (elle passe en fait par toute la gamme des émotions provoquées par les découvertes scientifiques), elle décide  d’interpréter en concert une partita de Graupner, comme test auprès du public et pour sa propre appréciation. La réaction du public est enthousiaste.

Elle décide alors de consacrer l’essentiel de son travail de claveciniste et de musicologue à ce compositeur pour les quelques années à venir. C’est à ce moment qu’elle propose son travail à Mario Labbé, directeur d’Analketa qui – avec son flair hors-pair – l’aggée. Elle signe alors un contrat de disque avec ANALEKTA.

En novembre 2002, elle se rend enfin à Darmstadt, elle commence aussi l’étude de la musique religieuse de Graupner –  et ressent un autre choc dû à l’immensité du corpus de musique d’église de Graupner : un monument.

Jusqu’à ce jour, elle porte un intérêt constant à ce compositeur qu’elle ne cesse d’étudier. Elle perfectionne aussi sa connaissance de l’Allemand. Elle poursuit ponctuellement ses visite et recherches à la bibliothèque de Darmstadt et communique régulièrement avec ses collègues européens.

Geneviève Soly
Révision : 19 août 2011