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5 novembre 2020
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Le Clavier bien tempéré ?

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A quoi Bach fait-il référence en appelant une de ses plus célèbres collections Le Clavier bien tempéré

En fait, les mots ” bien tempéré ” se réfèrent au système d’accord des instruments à clavier !

Un problème se pose pour ceux-ci… 

Le constat est simple : il est physiquement impossible d’accorder parfaitement juste un instrument à clavier. Si on veut que tous les intervalles soient rigoureusement identiques ou également justes les uns par rapport aux autres – c’est-à-dire qu’ils sonnent sans le moindre battements les uns-par rapport aux autres – on est limités à un nombre restreint de tonalité. Si on accorde chacun des demi-tons d’un clavier parfaitement juste sur une octave, la note supérieure atteinte sera légèrement plus aiguë que la note inférieure, ce que l’oreille humaine ne peut pas supporter, d’où le problème d’accord des instruments à claviers, qui relève d’une loi de la physique acoustique.

Il faut aussi savoir qu’un mi bémol n’est PAS la même note qu’un dièse – par exemple – bien qu’une seule touche du clavier correspondent à ces deux notes. Alors les violonistes par exemple savent bien qu’un mi bémol n’est PAS la même note qu’un dièse puisqu’à l’intérieur d’un morceau dans lequel ces deux notes se trouveraient, le violoniste ajustera la position de ses doigts pour les jouer respectivement justes l’une et l’autre.

Le clavier quant à lui doit avoir un accord prédéterminé. Il n’est pas question d’ajuster un son pendant l’interprétation d’un morceau ! Jusqu’au XVIIe siècle – soit chez les prédécesseurs de Bach – on avait opté pour jouer au clavier parfaitement juste en certaines tonalités, et on avait réparti sur certaines autres tonalités inusitées, les battements excédentaires de l’acoustique, ce qui ne permettait pas de jouer ces tonalités qui devenaient alors inaudibles parce que beaucoup trop fausses. C’est la raison pour laquelle il y a tant de pièces en ré mineur au XVIIe siècle mais aucune en do dièse majeur!

Si on veut jouer dans toutes les tonalités, on est amenés à admettre quelques  compromis sur la justesse de certains intervalles en les accordant non pas parfaitement justes, sans battement, mais légèrement faux en « tempérant » certains d’entre eux.

Le tempérament c’est donc le nom que l’on donne au système d’accord des instruments à claviers.

C’est uniquement à la fin du XVIIe siècle, en particulier avec les travaux d’Andreas Werkmeister, et de leur mise en application par D. Buxtehude, le maître de J.S. Bach, que l’on sort de l’impasse. Apparaissent alors des types d’accords dans lesquels certains intervalles sont adoucis tout en restants inégaux les uns par rapport aux autres. Ainsi va-t-on pouvoir circuler dans plusieurs les tonalités à l’intérieur d’un même morceau – cela s’appelle moduler – et aussi composer dans tous les tons, ce qui comblait de joie Buxtehude et Bach. Ce sont les bons tempéraments d’où le terme de « bien-tempéré ».

Carl Philipp Emanuel Bach dira de son père : « Il savait tempérer tous les clavecins avec tant de pureté et de justesse que toutes les tonalités en étaient belles et plaisantes . Il ne connaissait aucune tonalité qu’il faudrait éviter pour des raisons d’impureté ».